Un groupe d’investisseurs roumains a réveillé le vampire le plus célèbre de la littérature — et du monde — pour en faire le cœur d’un projet de parc à thème d’envergure. Bien que ce soit l’Irlandais Bram Stoker qui ait porté à la fiction la figure du comte Dracula, on sait qu’il s’est inspiré de l’imaginaire de la Transylvanie et de l’histoire du roi de Valachie, Vlad Țepeș. Les promoteurs soulignent qu’il s’agit de l’un des mythes culturels les plus connus au monde, mais « commercialement sous-exploité ». Pour combler ce vide, ils présentent le parc à thème Dracula Land.

Le cœur du projet occupera environ 780 000 m² et comprendra, dans une recherche de cohérence narrative, 6 zones thématiques immersives. Le parcours débutera dans The Moonlit District, une place d’entrée inspirée de l’architecture de Bucarest. L’histoire se poursuivra à travers une Transylvanie rurale et forestière, pour culminer dans un emblématique Château de Dracula. Celui-ci, futur centre géographique et symbolique du parc, ne sera pas un simple décor photographique : il abritera des parcours labyrinthiques et une “bat coaster”, une montagne russe suspendue.

La carte des zones thématiques inclut également celles inspirées de l’univers de Stoker : The Family Kingdom, fondé sur le folklore surnaturel de diverses cultures ; London Town, à l’esthétique victorienne sombre ; et Port of New Orleans, introduisant l’atmosphère de Mardi Gras et des manèges carnavalesques. Au total, plus de 40 attractions sont prévues, ce qui laisse présager un investissement de grande ampleur.

Cependant, le parc à thème Dracula Land n’est qu’une pièce d’un ensemble plus vaste. Le plan directeur prévoit des éléments destinés à diversifier l’offre et à prolonger la durée de séjour des visiteurs : 3 hôtels thématiques totalisant 1 200 chambres, un parc aquatique de 50 000 m² avec spa thermal, ainsi qu’un circuit automobile de 4,5 km. S’y ajouteront une zone commerciale et un centre technologique de 15 000 m² destiné aux entreprises de développement de jeux numériques et d’intelligence artificielle (IA).

Le projet se distingue également par son orientation vers l’industrie digitale, avec la création d’un métavers dédié et d’une cryptomonnaie propre, le DraculaCoin. L’idée, selon les promoteurs, est d’étendre l’expérience au-delà des limites physiques du parc, grâce à des interactions avant et après la visite. Pour les professionnels du secteur, le défi consistera à intégrer la technologie numérique et les expériences virtuelles comme une véritable extension des composantes physiques du parc, sans qu’elles ne demeurent un simple ajout superficiel.

Le principal promoteur de Dracula Land est Dragoș Dobrescu, investisseur immobilier expérimenté dans les grands projets, traditionnellement discret sur la scène publique. Il est accompagné par l’entrepreneur George Toader. Le nom de Florin Cîțu, ancien Premier ministre de Roumanie, a également attiré l’attention : via sa société BNW Advisory, il intervient comme conseiller pour la structuration financière et la recherche d’investisseurs. Le projet vise un financement 100 % privé, pour un montant supérieur à 1 milliard d’euros.

Il convient toutefois de rester prudent : le calendrier annoncé paraît particulièrement ambitieux. Selon le site officiel, la construction débuterait en 2026 pour une ouverture prévue en 2027. Tout professionnel ayant travaillé sur le développement d’un parc à thème considérera ce délai extrêmement serré pour un projet d’une telle ampleur, d’autant plus que les procédures administratives et les autorisations d’urbanisme ne devraient être finalisées qu’à la mi-2026.

L’un des aspects ayant suscité le plus d’attention médiatique est l’usage massif de l’IA dans la conception initiale de Dracula Land. Les nombreuses vidéos générées par intelligence artificielle, diffusées sur le site officiel, affichent une esthétique spectaculaire mais quelque peu fantaisiste. Il a toutefois été confirmé que des studios tels que Creative Studio Berlin ont participé aux premières phases conceptuelles, avec des propositions au rendu plus conventionnel et réaliste. Reste à savoir si ces travaux ont déjà franchi le stade du concept pour évoluer vers un avant-projet, une ingénierie de base et des plans d’exécution.

Que Dracula Land ouvre ses portes en 2027 ou que sa construction prenne du retard, le projet révèle déjà une tendance claire : un appétit croissant pour le développement de destinations de loisirs à grande échelle en Europe centrale et orientale, région bénéficiant de coûts opérationnels plus faibles que l’Europe occidentale et d’un flux touristique en expansion. Pour l’instant, il ne reste qu’à observer et à attendre de voir si le comte se révélera fait de chair et d’os… ou seulement un séduisant reflet dans le miroir.

Sources: Gizmondo, TVP World, Experience UK, IAAPA, Dracula Land.
Images: Dracula Land.

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